Le parcours santé des ARSA, modèle d’accompagnement intensif

En place depuis début 2024 dans la Drôme dans le cadre des nouvelles modalités d’accompagnement des Allocataires du RSA, le «parcours santé » propose un accompagnement de proximité pour les personnes rencontrant des difficultés de santé physique et/ou psychique. Ce dispositif permet aux Allocataires de soulager, voire de dépasser leurs problématiques lorsqu’elles constituent un frein à l’insertion sociale et/ou professionnelle. Si l’orientation s’effectue par le Pôle Parcours du Conseil départemental de la Drôme, l’accompagnement est assuré par deux structures spécialisées, en l’occurrence les associations Entraide et Abri pour le secteur Centre et Nord Drôme (Valence, Crest, Diois, Romans & alentours) et par le Diaconat Protestant pour le Sud (Montélimar, Pierrelatte, Nyons et ses alentours). Clémentine Canu est l’une des trois référentes du parcours santé des ARSA d’Entraide et Abri, elle nous explique comment fonctionne le dispositif…

En quoi consiste le parcours santé RSA dans la Drôme ?

Il s’agit d’un dispositif d’accompagnement des Allocataires du RSA avec une problématique santé prédominante. Au sein d’Entraide et Abri, nous sommes trois référentes pour couvrir le Centre et Nord du département. L’accompagnement est conclu pour une durée de 6 mois, renouvelable une fois, dans le cadre d’un contrat d’engagement. L’objectif consiste à remettre en place ou tout simplement à créer un parcours de soins : trouver un médecin traitant, récolter les comptes-rendus, prendre rendez-vous avec des spécialistes, lever les freins liés à la santé….

Quels types de problématiques médicales rencontrez-vous ?

Elles sont très diverses au sein du public soutenu. Il peut s’agir de pathologies psychiques, de handicaps moteurs, de maladies chroniques ou encore d’addictions diverses. Mais cela peut aussi être d’autres maladies ou soins continus qui ont conduit la personne à s’éloigner progressivement de l’emploi ou autre type de lien social. Pour une partie, il s’agit de personnes ayant déjà eu des comptes rendus médicaux mais sans aucune confirmation de soins ou reconnaissance d’un statut adapté à leur situation.

Concrètement, quelle forme prend cet accompagnement ?

Les Allocataires nous sont orientés par les Chargées d’orientation du Département. Nous disposons d’une file active réduite qui favorise un accompagnement intensif de proximité et une plus grande flexibilité pouvant nous amener à rencontrer les bénéficiaires au moins deux fois par mois. La spécificité du dispositif nous permet d’aller rendre visite aux personnes à leur domicile et les accompagner à leurs rendez-vous médicaux. La plupart n’ont pas de médecin traitant ce qui nous demande un soutien renforcé de recherche de solution, pour récupérer des comptes-rendus récents et avoir accès aux rendez-vous avec des spécialistes. Ces démarches s’étalent bien souvent sur plus de 6 mois, ce qui nous amène à demander un renouvellement au Département. Si cela n’est pas possible, le parcours de soins est retravaillé ; la personne peut aussi être réorientée vers d’autres dispositifs si nécessaire.

Quelles sont, selon vous, les bienfaits de cet accompagnement intensif ?

De nombreuses personnes subissent l’errance médicale aussi bien en milieu urbain que rural sur l’ensemble de notre territoire Drômois. Nous rencontrons également un grand nombre d’Allocataires en situation de grande précarité, SDF ou en situation très instable vis-à-vis du logement (chez des tiers, logement insalubre…) avec des addictions ou des troubles psychiques. Pour beaucoup, l’isolement participe au manque de repères, ce qui entraine un décrochage important de leur situation administrative, la santé étant bien souvent laissée de côté depuis de nombreuses années. Autant de problématiques ancrées à soutenir tout au long du parcours pour s’orienter vers une possible réinsertion sociale…
En outre, le fait de les accompagner étroitement facilite les choses ; une relation de confiance s’installe et devient un levier important lors de démarches complexes liées à des pathologies. Les spécialistes de santé avec lesquels nous collaborons voient le dispositif d’un bon œil car ils constatent que le patient est plus enclin à suivre son traitement lorsqu’il suit ce parcours.

Quels sont les résultats à ce stade ?

Depuis son expérimentation en 2020, de par la capacité d’adaptation et connaissance du réseau partenarial, le parcours santé a pu permettre à un grand nombre d’Allocataires très éloignés de l’emploi de ne plus relever du RSA ou d’obtenir des diagnostics concrets pouvant faire avancer leur situation personnelle. À l’issue du parcours, selon le projet de la personne, il arrive enfin que les personnes accèdent de nouveau à l’emploi en milieu protégé, voire ordinaire.

Les Allocataires sont-ils tous favorables à la démarche ?

Le système peut paraitre intrusif, mais nous constatons dès les premiers entretiens qu’une grande majorité des personnes orientées sont ouvertes à cette proximité, d’autant que les objectifs d’accompagnement sont définis avec leur accord. Parfois étonnées de l’intensité du rythme des rencontres, elles deviennent spontanément actrices de leur propre parcours, favorisant les réflexions communes autours des démarches à effectuer. Dans de rares cas, il peut arriver que certaines personnes refusent ou ne viennent pas aux rendez-vous. Dans ce cas, une instance de remobilisation permet de refaire le point sur le parcours et les objectifs du contrat d’engagement réciproque.