De la terre à l’assiette… Active depuis 1987, l’association Agribiodrôme représente aujourd’hui les quelques 1 800 producteurs biologiques du Département et agit au quotidien pour les connecter à la restauration collective. Si le pôle technique de l’association se charge de l’accompagnement des fermes drômoises, le pôle alimentation est l’interlocuteur privilégié des collectivités territoriales ou des structures privées disposant d’une restauration collective. Échanges avec le nouveau directeur de l’association, René Buttin…
Avant toute chose, comment se porte l’agriculture biologique dans la Drôme ?
Après quelques années de baisse, le bio repart en grandes surfaces. La bonne santé de l’oeuf est un début de tendance et les autres filières semblent suivre depuis 6 mois. Fait rassurant, le nombre d’installations est stable, avec 1815 fermes en 2025 contre 1830 en 2023. Il n’existe pas de tendance structurelle à la disparition du bio, d’autant que les jeunes sont particulièrement sensibles à la démarche : entre 50 et 80% des candidats (selon les filières) désirent s’installer en bio.
Comment fonctionne le pôle Alimentation d’Agribiodrôme ?
Aujourd’hui, trois personnes accompagnent les établissements vers plus de repas bio, locaux et de fait-maison. Concrètement, Agribiodrôme est missionnée par le Département, les communautés de communes et les agglomérations pour échanger avec les acteurs de la restauration collective : collèges, EHPAD, écoles et hôpitaux. Soit une cinquantaine de structures dans la Drôme. Nos actions sont variées et peuvent prendre la forme d’ateliers de sensibilisation pour tous les âges autour de la qualité dans l’assiette ou de recettes végétales. En parallèle, des structures nous sollicitent pour améliorer l’organisation, la logistique, les approvisionnements, les recettes ou encore le service et la réduction du gaspillage. Notre dernière mission consiste à informer le grand public, que ce soit via la diffusion d’un guide sur le « manger bio » dans la Drôme ou via une présence lors d’évènements tels que « Valence en Gastronomie ».
Pouvez-vous nous citer un accompagnement réussi ?
Depuis le lancement de l’Appel à Manifestation d’Intérêt du Département, 23 établissements ont été suivis, dont 10 actuellement. Notre équipe intervient surtout dans le médico-social, un secteur aux besoins spécifiques (textures adaptées, lutte contre la dénutrition) et confronté à des contraintes fortes : budgets limités, personnel réduit, rotation des équipes. Parmi les réussites emblématiques, la plus ambitieuse est celle des Hôpitaux Drôme Nord. Malgré l’absence de place pour une légumerie, nous avons mis en lien le groupement d’hôpitaux avec la légumerie AB Epluche ; celle-ci fournit désormais les légumes bio locaux pré-découpés. Nous avons également travaillé sur le prix. Au final, avec une planification de long terme et des commandes stables, il est tout à fait possible de ne pas augmenter le coût « matière première ». Désormais, les potages servis à Valence, Romans et Saint-Vallier sont faits à base de légumes bio et locaux ! Une demi-tonne est cuisinée chaque semaine.
Quels sont les principaux freins à la mise en place du bio en restauration collective ?
Ce qu’on constate dans nos accompagnements, c’est que les freins à l’introduction de bio en restauration collective sont avant tout organisationnels et humains. Travailler des produits bio, locaux, sans surcoût, implique d’utiliser davantage de produits bruts et de saison, ce qui nécessite de faire évoluer les pratiques en cuisine et peut susciter des réticences au changement.
Il faut aussi l’implication de tous les acteurs de la restauration dans chaque structure (cuisine, gestion, direction, élus), ce qui demande du temps et une bonne communication. Par ailleurs, le manque de temps pour identifier de nouveaux fournisseurs et la méconnaissance du cadre juridique des marchés publics peuvent s’ajouter comme des freins. Enfin, les difficultés de recrutement et le fort turn-over dans les équipes de restauration collective constituent un frein majeur à la pérennité de ces démarches.
Quid des restaurants scolaires des collèges publics ?
Avec 31 collèges labellisés Ecocert « En cuisine », la Drôme dépasse les objectifs de la loi EGAlim : 52% de bio, 61% de produits durables et près de 25% de produits locaux en moyenne. Le Département est une locomotive qui prouve que la démarche est réalisable et qui permet de faire progresser l’ensemble de la filière !
Quelques chiffres dans la Drôme :
- 1 815 fermes labellisées « biologiques » (1830 en 2023),
- 800 sites de restauration collective,
- 52% de bio et 61% de produits durables en moyenne dans les collèges publics,
- 7 collèges à plus de 60% de bio.