Destiné à construire collectivement un système alimentaire local, durable et solidaire, le Projet Alimentaire Territorial (PAT) se décline généralement à l’échelle intercommunale. Dans la Drôme, outre les 9 projets infra-départementaux, le PAT du Département entend favoriser une alimentation locale, saine et de qualité pour tous. Au cœur du dispositif, la solidarité alimentaire dont l’objectif est de répondre aux enjeux de justice sociale. Porté par le Département, en partenariat avec Auvergne Rhône-Alpes Gourmand, le Club Drômois de l’Alimentation et le Cluster Bio, le projet expérimental « Entreprises solidaires et ancrées localement » explore justement une économie qui lie performance, solidarité et ancrage territorial. Les explications de Françoise Molegnana et Hippolyte Rémy du Comité Auvergne Rhône-Alpes Gourmand…
Quelle est la genèse du projet « Entreprises solidaires » ?
Françoise Molegnana : En tant qu’association régionale chargée de la promotion des entreprises agroalimentaires, Auvergne Rhône-Alpes Gourmand a plutôt l’habitude d’accompagner des PAT intercommunaux autour du développement des approvisionnements locaux ou de la lutte anti-gaspillage. La Drôme est le 1er département à nous avoir sollicités, qui plus est autour d’une thématique encore peu travaillée : la solidarité alimentaire. Ainsi, dans un contexte de fonds publics restreints pour les associations d’aide alimentaire, le projet « Entreprises solidaires » vise à créer des passerelles entre producteurs, structures de solidarité, collectivités et industriels pour construire des circuits plus résilients.
Vous êtes allés à la rencontre des entreprises drômoises avec les représentants du Département, du Club Drômois de l’Alimentation et du Cluster bio. Quel accueil vous ont-elles réservé ?
Françoise Molegnana : En dépit du fait que la question de la solidarité pouvait sembler subsidiaire dans un contexte économique compliqué, la démarche a rapidement fonctionné. Nous avons volontairement sélectionné des entreprises diversifiées et de toutes tailles. Si la RSE va généralement de soi dans les plus grandes structures, déjà sensibilisées à la cause, le fait de s’impliquer auprès des populations locales n’est pas toujours identifié comme un moyen d’action. Aujourd’hui, nous travaillons avec une vingtaine de grands noms de l’agro-alimentaires drômois – Valrhona, Charles&Alice, Ravifruit, les Ravioles de la Mère Maury, Saint-Jean, Markal, Les Vergers Boiron… – ainsi qu’avec l’association valentinoise « Les Entreprises du Coeur » dont l’un des axes d’intervention est la sécurité alimentaire.
Quelles actions sont susceptibles d’être lancées ?
Hippolyte Rémy : Notre mission est d’intervenir dans la mise en relation entre acteurs et la recherche d’informations sur les différentes initiatives de solidarité locale. D’ici fin juin 2026, un forum devrait être organisé pour faire se rencontrer entreprises et associations. D’ici là, un webinaire aura lieu le 5 février à destination de toutes les entreprises alimentaires de la région, y compris celles de la restauration collective et les distributeurs/grossistes. L’objectif est de balayer les besoins des associations et de fournir une boite à outils des actions susceptibles d’être organisées. Cela peut prendre la forme de dons alimentaires ou financiers, du prêt d’un local de stockage, d’un mécénat de compétences (mise à disposition régulière d’un salarié de l’entreprise auprès de l’association) ou encore de congés solidaires. Les Entreprises du Cœur, Valrhona et Les Restos du cœur apporteront leurs témoignages à cette occasion.
La solidarité alimentaire est-elle réservée aux grandes entreprises ?
Françoise Molegnana : Absolument pas. Au-delà des associations d’aide alimentaire bien connues du grand public, il existe dans la Drôme des dizaines d’initiatives plus confidentielles (épiceries ou centrales d’achats solidaires, braderies, etc.) qui peuvent répondre aux besoins de tout type d’entreprise, ne serait-ce que pour aller déposer quelques cagettes de produits invendus. Même si ces actions sont plus modestes, elles peuvent avoir un réel intérêt à l’échelle du territoire !
Le projet « Entreprises solidaires » est-il inspirant ?
Françoise Molegnana : Bien sûr. Des départements comme l’Isère et le Rhône m’ont déjà fait part de leur intérêt pour la démarche. D’autres secteurs économiques pourraient également suivre. Au niveau de la Drôme, nous nous sommes rapprochés des communautés de communes ayant élaboré un PAT afin d’identifier les associations et entreprises qui s’intéressent au sujet. L’objectif est de mettre au point une cartographie locale des acteurs de la solidarité afin qu’ils soient plus facilement identifiés. Le projet se termine officiellement en juillet 2026 mais le suivi auprès des entreprises sera maintenu. La RSE territoriale doit devenir un levier d’action concret pour les politiques publiques locales !
En savoir plus : https://www.auvergne-rhone-alpes-gourmand.fr/
